Histoire accélérée de la bande dessinée : le 9e art en 30 dates-clés. De 1830 à 1928

Publié le 22.10.2019
Il est difficile de remonter aux origines de la bande dessinée de façon précise : faut-il dater à partir des Images d’Epinal, de la création de la première bulle ou bien faut-il remonter plus loin aux dessins rupestres, aux hiéroglyphes égyptiens ou encore aux fresques de la colonne Trajane ? Les historiens de la BD s’entre-déchirent depuis des décennies sur le sujet.
Voici néanmoins trente dates-clés pour appréhender en un clin d’ œil l’histoire du 9e art à travers le monde (France, Belgique, Suisse, États-Unis, Japon…).

 

1830 : Histoire de monsieur Jabot de Rodolphe Töpffer, premier récit en cases

Histoire de monsieur Jabot de Rodolphe Töpffer

Le Suisse Rodolphe Töpffer (1799-1846) est considéré par d’aucun comme l’inventeur de la bande dessinée dans son acception moderne, ou plus précisément le créateur du récit en cases avec l’Histoire de monsieur Jabot. Il est considéré comme le premier théoricien de ce genre nouveau. Töpffer nommait ses récits en images des « histoires en estampes ». L’appellation bande dessinée étant très récente (on commence à la mentionner après la 2e Guerre mondiale). Les appellations en vigueur durant des décennies étaient : romans en images, romans graphiques (à partir de 1918 !) mais surtout romans « Illustrés ». Il est considéré comme le premier théoricien de ce genre nouveau. Les dessins de satire de Rodolphe Töpffer ont réussi à séduire Goethe qui déclarait à leur propos : « C'est vraiment trop drôle ! C'est étincelant de verve et d'esprit ! Quelques une de ces pages sont incomparables. S'il choisissait, à l'avenir, un sujet un peu moins frivole et devenait encore plus concis, il ferait des choses qui dépasseraient l'imagination.  Il est traduit en Hollande, en Scandinavie, en Allemagne, jusqu’aux Amériques ! Ses principales œuvres sont disponibles au Seuil.

 

1854 : Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la sainte Russie, une BD gravée sur bois de Gustave Doré

Gustave Doré, Histoire de la Sainte Russie, 1854, Gravure sur bois

Gustave Doré (1832-1883) -dont ce n’est pas la première bande dessinée- publie la monumentale Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la sainte Russie, une BD gravée sur bois de bout dont les innovations narratives séduisent encore aujourd’hui. Il a alors 22 ans. Il fera ensuite la magnifique carrière d’illustrateur qu’on lui connaît. Cet album a fait récemment l’objet d’une magnifique réédition aux éditions 2024, nommée dans la sélection du Prix Patrimoine au Festival d’Angoulême.

1889 : La Famille Fenouillard dans Le Petit Français illustré

Christophe, La Famille Fenouillard

Marie-Louis-Georges Colomb dit Christophe (1856-1945) crée La Famille Fenouillard dans Le Petit Français illustré en 1899 qui, réuni ensuite en volumes, remporte un grand succès. On doit aussi à cet auteur le fameux Sapeur Camember et le savant Cosinus. Sa Ligne claire le place en précurseur avec Émile Joseph Porphyre Pinchon (Bécassine) et Benjamin Rabier (Le Canard Gédéon) du Tintin d’Hergé. Les œuvres de Christophe sont toujours publiées de nos jours chez Armand Colin.

 

1896 : première bulle aux États-Unis publiée dans Hogan’s Alley

Yellow Kid de Richard.Felton Outcault

Du côté des États-Unis, la bande dessinée s’industrialise et se retrouve diffusée dans des milliers de journaux ! Le point de départ pour les Américains est le 5 octobre 1896 avec l’apparition de la première bulle dans une bande dessinée périodique sous la plume de Richard Felton Outcault dans le Yellow Kid publié dans le New York Journal. Pourquoi « Yellow » ? Parce que son éditeur, Josef Pulitzer fut le premier à stabiliser la couleur jaune dans l’impression industrielle et demanda à Outcault de colorier son personnage dans cette couleur pour marquer cette avancée journalistique. Cet épisode est à l’origine de l’expression péjorative « Yellow Journalism » (journalisme jaune) pour désigner une presse commerciale populaire. Quant à Outcault, on lui doit aussi le personnage de Buster Brown (1902). L’historien de la BD Thierry Smolderen, dans son ouvrage Naissances de la bande dessinée (Impressions Nouvelles), met en parallèle l’apparition du ballon dans son acception moderne, utilisé d’abord aux Etats-Unis et le son du phonographe par un dessinateur qui fut ancien employé de l’inventeur Thomas Edison.

1905 : apparition de Bécassine dans La Semaine de Suzette

Bécassine

Apparue sous la plume d’Émile Joseph Porphyre Pinchon (1871-1953) sur un scénario de la femme de lettre Jacqueline Rivière (1851-1920) dans le premier numéro de La Semaine de Suzette (2 février 1905) l’étourdie Bécassine continue de vivre de nouvelles aventures plus cent ans après aux éditions Hachette.

1905 : les aventures de Little Nemo dans la presse américaine

Little Nemo in slumberland de Winsor McCay

À partir de cette date et jusqu’en 1914, les lecteurs de l’édition dominicale du New York Herald puis du New York American suivent les aventures et les rêves de Little Nemo in slumberland (Le petit Nemo au pays du sommeil), personnage crée par Winsor McCay (1867-1934). Un chef d’œuvre d’Art Nouveau. Winsor McCay est aussi un des pionniers américains du cinéma d’animation. L’intégrale de Little Nemo a été publiée chez Taschen en 2015.

1908 : Les Pieds Nickelés, une bande dessinée française

Les pieds nickelés de Louis Forton

La série de bande dessinée française Les Pieds nickelés, créée par Louis Forton, est publiée pour la première fois le 4 juin 1908 dans la revue L'Épatant aux éditions Offenstadt. Elle coûte à l’époque la modique somme de 5 francs. Les trois héros principaux se prénomment Croquignol (au long nez), Filochard (le borgne) et Ribouldingue (le barbu). Ce sont des escrocs attachants toujours partants pour jouer des mauvais tours. Cette bande dessinée, reprise par René Pellos (1900-1998) en 1934 a connu une longévité exceptionnelle. Une intégrale est disponible aux Editions Vents d’Ouest.

1913 : Bringing Up Father (La Famille Illico) de George McManus

La famille Illico de George McManus

L’Américain George McManus (1884- 1954) crée Bringing Up Father, traduit en France sous le titre La Famille Illico, qui raconte le destin de Jiggs, devenu subitement richissime mais qui a gardé des manières simples, préférant aller jouer au billard avec les copains, plutôt que de suivre sa femme et sa fille, raffolant les mondanités fréquentées dans les hautes sphères de la société. C’est surtout le graphisme de cette BD qui impressionne par son esthétisme d’Art Déco et par sa « Ligne claire » avant la lettre qui influença une génération d’auteurs, d’Hergé à Franquin, de Joost Swarte à Chris Ware.

1925 : Zig et Puce, premier duo d'aventuriers d'une longue série ...

Zig et Puce d’Alain Saint-Ogan

Cette année marque la première publication de Zig et Puce de l’auteur Alain Saint-Ogan (1895-1974). Inspiré par les Américains, il est le premier Français à utiliser systématiquement des bulles (phylactères) dans ses dessins. Zig et Puce sont les précurseurs d’une longue série de duo d’aventuriers accompagnés d’un animal (ici le pingouin Alfred). Il est une des influences directes d’Hergé. Les albums de Zig et Puce sont disponibles aux éditions Glénat.

 

1928 : le personnage de Mickey Mouse voit le jour

Le journal de Mickey

Walt Disney (1901-1966), marchant sur les traces du Charlot de Charlie Chaplin (1914) et du Félix le Chat d’Otto Messmer (1919) crée pour le dessin animé le personnage de Mickey Mouse, un héros parfaitement caractérisé adapté pour les déclinaisons en imagerie, en jouet et… en bandes dessinées, prémices d’un empire qui règne encore de nos jours sur la Pop Culture mondiale. Publié en France dès 1930 grâce à l’agence Opera Mundi de Paul Winkler, il jouit de son propre hebdomadaire, Le Journal de mickey en 1934. Il est encore publié aujourd’hui. Les albums de Mickey sont publiés par Glénat, qui le fait vivre sous de nouvelles plumes, de Cosey à Tebo.