Les grandes tendances du 9e art en bibliothèque

Publié le 09.12.2019
Pour comprendre les grandes tendances en matière de BD en bibliothèque, nous avons rencontré un bibliothécaire de la médiathèque Françoise Sagan dans le 10e arrondissement de Paris. Cette personne, en charge de l’acquisition des bandes dessinées est en poste depuis l’ouverture de la médiathèque Françoise Sagan en 2015 et travaille dans le réseau des bibliothèques à Paris depuis 10 ans.
Médiathèque Françoise Sagan

Avez-vous observé une évolution du secteur de la BD ces dernières années ? Que pouvez-vous nous dire des grandes tendances ?

Il y a une vraie qualité éditoriale ces dernières années. Le média BD a explosé dans tous les sens et s’est ouvert à plein de nouveaux genres. Il n’y a jamais eu autant d’auteurs et d’éditeurs qu’aujourd’hui. Tous les ans, des milliers de titres sortent en librairie. Si l’on parle uniquement de la médiathèque Françoise Sagan, nous avons un fonds de 6 500 bandes dessinées.

La bande dessinée a un nouveau lectorat grâce notamment au phénomène récent des romans graphiques. La BD documentaire s’est également beaucoup développée ainsi que les adaptations littéraires comme Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline par Tardi, par exemple.

On observe aussi une plus grande mixité avec de plus en plus d’autrices. Il y a de nombreux ouvrages sur le féminisme en BD et des personnages historiques féminins sont remis au goût du jour.

Enfin, la vulgarisation est également une grande tendance qui permet une porte d’entrée sur des sujets ardus : politiques, économiques … Pour la vulgarisation scientifique Tu mourras moins bête de Marion Montaigne est une référence.

Quelle est la sociologie de vos lecteurs ? A-t-elle changé depuis que vous êtes dans le métier ?

C’est difficile à dire car la Loi informatique et liberté ne nous permet pas de faire des statistiques sociologiques. Mais par rapport aux personnes que je rencontre quotidiennement qui sont les usagers de la médiathèque F. Sagan, je peux dresser un tableau du lectorat. Il y a un lectorat autonome qui est fan de BD depuis toujours dont l’archétype serait un homme entre 35 ans et 50 ans. On a vu apparaître un nouveau lectorat avec les romans graphiques. Ce sont des personnes qui ont commencé à lire de la BD récemment. C’est un public beaucoup plus diversifié et beaucoup plus féminin. Des titres comme Persepolis de Marjane Satrapi ont permis de réaliser qu’il y avait d’autres choses en BD que les clichés que les gens pouvaient avoir. Il y a aussi évidemment tout un lectorat adolescent fan de mangas.

Le rayon BD de la médiathèque Françoise Sagan

Quelle est la BD la plus empruntée ?

Sans surprise, c’est l’Arabe du futur de Riad Saatouf qui est la BD la plus empruntée. Elle est sortie 76 fois sachant que les prêts durent en moyenne 3 semaines, c’est une BD que vous ne trouverez pas souvent en rayon. Ensuite c’est Zaï Zaï Zaï Zaï de Fabcaro qui est sortie 66 fois, ce qui n’est pas surprenant non plus car c’est excellent en BD d’humour. Ce sont des auteurs qui ont une grande visibilité médiatique.

Quelle est la part d’éditeurs indépendants et de gros éditeurs représentée dans votre médiathèque ?

La BD indépendante a bien explosé. À la médiathèque Marguerite Duras où je travaillais avant dans le 20e, il y avait une volonté de représenter davantage l’édition indépendante car il y avait un fonds de fanzines. À la médiathèque Françoise Sagan, je pense que c’est de l’ordre de 70% / 30% comme ratio, sachant qu’une maison d’édition comme l’Association est considérée comme indépendante alors qu’elle est bien établie. On essaie de couvrir toute l’édition : de la bande dessinée expérimentale non commerciale à des choses plus classiques. On ratisse large en termes de représentativité des pays : nous avons bien évidemment de la BD franco-belge mais aussi des BD d’Afrique du Sud, des BD américaines, finlandaises ou chinoises, traduites en français. Ce qui prouve la vitalité du secteur !

Une lectrice de BD à la médiathèque Françoise Sagan

Quelle est votre politique d’acquisition en matière de BD ? Comment suivez-vous l’actualité pour faire vos acquisitions ?

Pour suivre l’actualité, je fais de la veille sur des sites spécialisés comme Bédéthèque, Bodoï, Planète BD, Manga News, BD Gest, du9, Scenario, etc., ou lors de passages en librairies, de salons du livre et de présentations avec des éditeurs.

Concernant les achats, il y a un comité de lecture qui présélectionne ce qui leur semble intéressant et nous piochons dans un premier temps dans ces listes. Nous faisons des achats tous les quinze jours. Nous commandons également en direct des suivis de séries, rachats et suggestions, ce qui représente plus de la moitié de nos achats.Nous achetons en moyenne 650 titres par an ce qui représente un budget très confortable d’environ 12 000 euros. Nous achetons systématiquement toutes les BD qui ont des prix. Nous suivons de près la compétition officielle du Festival d’Angoulême, par exemple.

Nous avons donc des nouveautés en flux continue toute l’année ! En plus de ce budget, nous avons sur d’autres lignes budgétaires de l’action culturelle la possibilité d’inviter des auteurs de BD. Chaque année, la médiathèque Françoise Sagan accueille par exemple le festival de bande dessinée Formula bula ainsi des expositions et des rencontres dans ce cadre.

Que pensez-vous de la manifestation nationale BD 2020 ? Avez-vous prévu des animations au sein de votre médiathèque à cette occasion ?

BD 2020 s’inscrira dans la continuité des actions que nous réalisons déjà en médiathèque où nous organisons régulièrement des rencontres avec les auteurs et les maisons d’édition, mais aussi des expositions. Nous avons déjà invité Émile Bravo, Sempé, Loustal, Blutch et les auteurs du dernier Blake et Mortimer. Pour BD 2020, nous avons des pistes pour des animations avec les maisons d’éditions 2024 et le Lézard Noir.

Médiathèque Françoise Sagan 

8 rue Léon Schwartzenberg 75010 Paris